Bilan 2025-2026
Camarades,
À l’aube des vacances, je souhaitais prendre un moment pour faire le bilan de notre première année de mandat. Et quelle année ce fut ! Une année particulière, puisque nous avons également célébré les 30 ans d’existence de notre Conseil central de la Montérégie-CSN.
Dès le début du mandat, déjà, une première lutte se profilait à l’horizon. À quelques jours des vacances, le ministère de l’Éducation annonçait des compressions draconiennes. Rapidement, la société s’est mobilisée en créant le mouvement Tous uni-es pour l’école, auquel nous nous sommes joints.
Nous avons élevé la voix. Nous avons dénoncé le manque de financement dans notre système d’éducation. Nous avons refusé de rester silencieux. Et finalement, le gouvernement a reculé.
Cette victoire nous rappelle une chose essentielle, lorsque nous nous unissons, nous avons le pouvoir de faire bouger les choses.
Une bataille était gagnée, mais plusieurs autres nous attendaient.
Comme la bataille de nos camarades de Demix Longueuil-Lasalle, qui poursuivent leur lutte contre un employeur qui ne respecte ni ses travailleuses et travailleurs ni leurs droits, en faisant passer les profits avant les personnes. Déterminés à faire entendre leur voix, ils se sont même doté d’une « Demix mobile » afin de parcourir les entreprises de Béton Provincial et de sensibiliser les travailleurs et la population à leur lutte, Debout contre Béton Provincial. Malheureusement, ce conflit n’est toujours pas réglé. Malgré les mois qui passent, leur détermination ne faiblit pas. Plus que jamais, ils restent debout, solidaires et mobilisés pour obtenir le respect qu’ils méritent.
En parlant de négociations difficiles, nos camarades paramédics ont eux aussi mené une lutte de longue haleine tout au long de l’année. Il n’est pas facile de faire pression sur un employeur qui se dit ouvert à la négociation, mais dont les positions sont coulées dans le béton, particulièrement lorsque le recours à la grève n’est pas une option.
Malgré ces contraintes, les paramédics ont fait preuve d’une mobilisation exemplaire et d’une créativité remarquable pour faire entendre leurs revendications. Certaines de leurs actions ont suscité des réactions, notamment une certaine ambulance, mais elles ont surtout permis de mettre en lumière la réalité qu’ils vivent quotidiennement. Les paramédics nous ont démontré qu’il existe mille façons de se mobiliser et de revendiquer avec détermination. Nous souhaitons de tout cœur que cette année soit enfin celle où ils recevront l’écoute et le respect qu’ils méritent.
Les paramédics ne sont toutefois pas les seuls membres du secteur public à se heurter au mur des négociations gouvernementales. Cette année, les travailleuses et travailleurs du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec ont souligné un triste anniversaire, trois ans sans convention collective.
Durant cette période, les agents et agentes ont multiplié les moyens de visibilité et les actions de mobilisation afin de faire entendre leurs revendications. Leur lutte porte notamment sur l’assignation obligatoire, qui les contraint à demeurer au travail lorsque les effectifs sont insuffisants, ainsi que sur les problèmes d’attraction et de rétention de personnel qui fragilisent l’ensemble du réseau correctionnel.
La fin de l’année 2024 a d’ailleurs été marquée par une grande manifestation spontanée à Sorel, après qu’un agent des services correctionnels eut été sauvagement agressé. Plusieurs centaines d’agents provenant de partout au Québec se sont alors rassemblés pour dénoncer la situation et exprimer leur solidarité.
Depuis maintenant trois ans, les agents et agentes des services correctionnels luttent pour obtenir le respect, la reconnaissance et les conditions de travail qu’ils méritent. Malgré l’usure du temps, ils demeurent debout, unis et déterminés à ne rien lâcher. ✊
Les boss sans scrupule, il y a partout comme le Groupe Daubigny qui en est un exemple frappant. En rachetant des cliniques vétérinaires et en les transformant en machines à profit, l’entreprise détériore les conditions de travail du personnel et, du même coup, la qualité des soins offerts aux animaux. Les travailleuses et travailleurs des cliniques vétérinaires ont décidé de dire, assez, c’est assez. Ils revendiquent simplement le droit d’exercer leur profession dans des conditions respectueuses, tant pour eux que pour les animaux dont ils prennent soin.
Toutefois, les luttes menées par nos syndicats ne prennent pas toujours la forme d’un combat de David contre Goliath. Parfois, une mobilisation stratégique, ciblée et bien orchestrée suffit à faire débloquer une situation. Nos camarades de BCI en ont d’ailleurs fait la démonstration cette année.
L’automne au conseil central a été particulièrement chaud, et je tiens d’abord à remercier chaleureusement mon équipe, qui a assuré la relève pendant mon congé de maternité.
C’est à cette période qu’a été lancée la campagne Faire Front. Devant un gouvernement de plus en plus autoritaire, multipliant les décisions et les mesures antisyndicales qui portent atteinte aux droits des travailleuses et des travailleurs du Québec, il nous est apparu primordial de nous rassembler et d’affirmer haut et fort notre opposition.
Au-delà des attaques contre le mouvement syndical, cette campagne nous a permis de nous unir autour d’enjeux qui préoccupent profondément la population, l’austérité, la crise du logement, l’environnement, l’éducation, la santé, la violence faite aux femmes et bien d’autres encore. Autant de défis qui touchent directement les Québécoises et les Québécois et qui exigent une réponse collective.
Et nous n’avons pas fait les choses à moitié. Ensemble, nous avons réussi à mobiliser près de 50 000 personnes dans les rues de Montréal afin de faire entendre nos voix et de démontrer, une fois de plus, que la solidarité est une force et que notre parole compte.
En même temps que la campagne Faire Front, nous avons aussi répondu à l’appel de la Grande Marche mondiale des femmes. Le 18 octobre dernier, 20 000 femmes ont marché dans les rues de Québec pour faire entendre leurs voix, afficher leurs couleurs et réaffirmer leur engagement envers une société plus juste, plus égalitaire et plus solidaire. Chaque pas posé rappelait que la lutte pour l’égalité est toujours d’actualité et que la solidarité demeure notre plus grande force.
L’automne a également été marqué par la campagne La santé et la sécurité, ce n’est pas un jeu. Comme vous pouvez le constater, la saison a été particulièrement riche en mobilisations. Cette campagne de sensibilisation rappelait une évidence fondamentale, aucun employeur n’a le droit de jouer avec la santé et la sécurité de ses travailleuses et de ses travailleurs. Chacun et chacune a le droit d’exercer son travail dans un milieu sécuritaire et de rentrer chez soi sain et sauf à la fin de sa journée.
Et puis le froid est arrivé et avec lui l’anniversaire de Santé Québec. Devant l’Hôpital Charles-Lemoyne, nous avons « célébré » ce triste anniversaire. Santé Québec nous a offert une année de retards de paiements, gel d’embauches, bris de services, infrastructures à bout de souffle, surcharge de travail… la réforme Dubé n’a livré aucune des promesses faites à la population.
Au lieu d’un réseau plus efficace, on assiste à une centralisation sans précédent, plus de cadres, plus de contrats privés et moins d’accès aux soins.
Nous ce que nous souhaitons c’est un réseau vraiment public et décentralisé, qui répond aux besoins de la population, pas à ceux des firmes privées.
L’année 2026 a débuté sous le signe de la confrontation. Le 7 janvier, les travailleuses et travailleurs d’Ortec Environnement Services Inc. ont été mis en lock-out.
Pourtant, les salarié-es ne cherchaient pas l’affrontement. Ils revendiquaient simplement de meilleures conditions de travail et du respect à la table de négociation. L’employeur a toutefois choisi une autre voie. Deux jours après le retour des fêtes, les travailleuses et travailleurs se sont présentés au travail pour découvrir des portes barrées et des serrures changées. Sans préavis, ils ont appris qu’ils étaient en lock-out depuis 5 h ce matin-là.
Face à ce geste de mépris, les membres ont décidé de reprendre en main leur rapport de force en votant, à 89 %, en faveur d’une grève générale illimitée. Après cinq semaines de lock-out, ils ont finalement accepté, à 71 %, le règlement proposé. Cette lutte a démontré, une fois de plus, que la solidarité et la détermination sont essentielles pour traverser les moments les plus difficiles.
Le début de l’année 2026 a également été marqué par un nouvel élan de solidarité, le mouvement des tuques roses de la condition féminine de la Montérégie. Partout dans la région, des femmes et des hommes ont porté fièrement la tuque rose, devenue un symbole fort d’engagement, de solidarité et d’appui à la lutte pour l’égalité.
À mon retour de congé de maternité, le rythme ne s’est pas ralenti. Au contraire, de nouvelles campagnes débutaient, Génération Deboutte et Tant qu’il le faudra. Car il faut bien le reconnaître, la lutte pour les droits des femmes est loin d’être terminée. Le début de l’année, marqué par de multiples féminicides, est venu nous rappeler avec brutalité l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir.
Face à cette réalité, les femmes et les allié-es du conseil central ont choisi de se tenir deboutte et de poursuivre la lutte, tant qu’il le faudra. Dans le cadre de cette campagne, nous avons organisé une soirée inspirante en compagnie de deux femmes remarquables. D’abord, Maude Michaud, véritable guerrière et militante engagée, est venue nous entretenir de la montée du masculinisme et des dangers qu’il représente pour notre société. La soirée s’est ensuite conclue avec l’humoriste Coralie LaPerrière qui, grâce à son humour franc et percutant, n’a laissé personne indifférent-e.
Également, en ce début d’année, il nous semblait primordial de parler de l’entraide avec la Journée nationale de l’entraide, placée sous le thème de la dépendance. Cette journée avait pour objectif de mieux comprendre les enjeux liés aux dépendances, de favoriser les échanges et de renforcer nos réseaux d’entraide dans nos milieux de travail. Au programme, une conférence de Valérie Moffatt, spécialiste en intervention en toxicomanie, ainsi que la participation de plusieurs organismes ressources venus présenter leurs services et leurs outils d’accompagnement.
Puis est arrivé le moment de se rassembler pour une cause qui nous tient particulièrement à cœur. Nous avons marché et couru dans le cadre de l’événement Marche don, cours don au profit du Camp Vol d’été de Leucan. Grâce à votre générosité et à votre engagement, plus de 22 000 $ ont été amassés. Cette somme contribuera à offrir à des enfants atteints du cancer et à leurs familles la possibilité de vivre la magie d’un camp d’été, de créer de précieux souvenirs et de profiter d’un moment de répit et de bonheur.
Il ne faut pas oublier que la campagne Faire Front ne s’est pas arrêtée avec la fin de l’année 2025. Elle demeure plus pertinente et nécessaire que jamais. En mars, nous avons tenu une assemblée générale spéciale afin de vous entendre sur la situation actuelle, de connaître vos préoccupations, vos revendications et votre vision de cette lutte collective. Cette journée d’échanges et de réflexion nous a permis de prendre le pouls de nos membres et a été une source d’inspiration importante pour orienter nos actions pour la suite de la lutte.
C’est dans cet esprit qu’est née la campagne Droits piétinés, il faut résister. Cette nouvelle initiative vise à poursuivre la mobilisation pour la défense et la préservation des droits des travailleuses et des travailleurs. Le 2 mai dernier, nous avons pris part à une grande marche à Montréal afin de rappeler au gouvernement que nous sommes toujours présents, vigilants et déterminés à défendre ces droits, aussi longtemps qu’ils seront menacés.
L’une des demandes exprimées par nos membres était de mieux les outiller pour comprendre les enjeux politiques qui façonnent notre société et influencent directement leurs réalités. C’est dans cet esprit que nous avons remis sur pied la journée thématique Médias et démocratie. Cette journée visait à mieux comprendre les enjeux politiques actuels et à fournir aux participantes et participants des outils leur permettant de porter un regard critique et de prendre des décisions éclairées. Après tout, c’est en ayant accès à une information complète et diversifiée que nous sommes en mesure de faire des choix réfléchis, tant pour nous-mêmes que pour la société dans laquelle nous voulons vivre.
Nous avons également tissé des liens solides avec les organismes communautaires de la région et nous nous sommes tenus à leurs côtés dans le cadre de la campagne Le communautaire à boutte. Des organismes communautaires forts et adéquatement soutenus sont essentiels au bien-être de nos collectivités. Ils contribuent à bâtir un Québec plus juste, plus solidaire et plus humain, un Québec auquel nous aspirons collectivement.
J’ai l’impression de le répéter chaque jour, mais la solidarité est une valeur fondamentale de la CSN. Elle est le moteur qui anime notre mouvement et guide chacune de nos actions. Afin de poursuivre notre appui aux travailleuses et aux travailleurs qui luttent, ou qui auront à lutter, pour le respect de leurs droits et de leur dignité, nous avons décidé de lancer une gamme de vêtements aux couleurs du Conseil central de la Montérégie-CSN. Les profits générés seront versés au Fonds d’appui aux luttes afin de continuer à soutenir concrètement nos camarades dans leurs combats. Et ce n’est qu’un début.
Des luttes, nous en avons mené cette année. Certaines ont été bruyantes, d’autres plus discrètes. Certaines sont terminées, d’autres se poursuivent encore. Mais toutes ont une chose en commun, elles ont été portées par votre engagement, votre courage et votre solidarité.
Je tiens à féliciter tous les syndicats qui ont négocié et conclu des ententes cette année. Chaque gain obtenu est le résultat d’heures de travail, de mobilisation et de détermination.
Surtout, je veux vous dire merci.
Merci de nous accorder votre confiance. Merci de faire vivre la solidarité partout en Montérégie. Merci de vous impliquer dans notre mouvement, non seulement pour améliorer vos conditions de travail, mais aussi pour bâtir une société plus juste, plus humaine et plus solidaire.
Après cette première année de mandat, une chose est certaine, je suis plus convaincue que jamais que nous sommes plus forts lorsque nous avançons ensemble.
Je vous souhaite un magnifique été, rempli de repos et de moments précieux avec vos proches.
Et je vous fais une promesse, pour cette deuxième année de mandat, nous serons encore là, à vos côtés, debout, solidaires et prêts à poursuivre les luttes qu’il faudra mener.
Parce qu’ensemble, nous pouvons réellement faire la différence.
Bon été !
Audrey Benoit
Présidente
Conseil central de la Montérégie-CSN